Poètes de la négritude : poèmes engagés.

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David Diop est un poète Sénégalais né le 24 février 1966, il appartient au mouvement de la négritude. Aujourd’hui, je voudrais partager avec vous un magnifique poème intitulé Afrique.

Afrique Afrique mon Afrique

Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales

Afrique que chante ma grand-mère

Au bord de son fleuve lointain

Je ne t`ai jamais connue

Mais mon regard est plein de ton sang

Ton beau sang noir à travers les champs répandu

Le sang de ta sueur

La sueur de ton travail

Le travail de l’esclavage

L`esclavage de tes enfants

Afrique dis-moi Afrique

Est-ce donc toi ce dos qui se courbe

Et se couche sous le poids de l’humilité

Ce dos tremblant à zébrures rouges

Qui dit oui au fouet sur les routes de midi

Alors gravement une voix me répondit

Fils impétueux cet arbre robuste et jeune

Cet arbre là-bas

Splendidement seul au milieu des fleurs blanches et fanées

C`est L’Afrique ton Afrique qui repousse

Qui repousse patiemment obstinément

Et dont les fruits ont peu à peu

L’amère saveur de la liberté.

 

Negre photo
Photo Negre par Internet Archive Book Images

David Diop affirme également une responsabilité du noir dans l’esclavage. Ainsi le noir n’est plus simplement la bête passive qui subit mais il a une part de responsabilité dans le cadre de sa libération, mais également dans le processus de l’esclavage puisque ce sont des noirs qui ont vendu des noirs : ce sont des familles noires qui ont confié leurs enfants au Colonisateur en décrétant qu’il y avait une certaine forme de fierté à être l’esclave du colonisateur.

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Photo Negre par Internet Archive Book Images

 

 

Ce poème du désir de liberté, du cri de révolte contre les colonisateurs.

Le poète présente dans un premier temps le travail et la souffrance de l’esclave (vers 9 à 10 « ton travail », « le travail ») (vers 7 à 8 « beau sang noir », « le sang »).

 

Le poème « Afrique » peut être rapproché de « Cahier d’un retour au pays natal » par plusieurs biais ; d’une part et c’est le plus évident, les deux textes traitent de l’Afrique et de la négritude. Ils donnent également tous les deux un goût amer à cette liberté.

La souffrance de l’esclave est également mise en exergue alors que les deux poètes s’adressent à leurs compatriotes. Enfin les deux poèmes se concluent sur un renouveau, un retour à l’autonomie des Africains (selon la racine grecque du mot auto : soi-même et nomia : la loi). L’autonomie est donc le fait de se donner à soi-même sa propre loi.

 

Le poète s’adresse à sa Terre natale mais également à ses compatriotes à ses frères et sœurs africains (vers1et 2 « Afrique Afrique mon Afrique, Afrique des fiers guerriers dans les savanes ancestrales »).

Dans le poème Afrique, le poète s’adresse à une Afrique personnifiée (vers 12 « Afrique dis-moi Afrique ») il s’attend à ce que son pays lui réponde et c’est en ce sens qu’il faut comprendre l’apostrophe du début « Afrique Afrique mon Afrique ».

 

Au travers de cette Afrique maternelle séparée de ses habitants, c’est également à tout le peuple africain que s’adresse le poème.

Afrique du passé (vers 3 « que chante ma grand-mère »), mais également l’Afrique du futur (vers 22 et 23) « qui repousse » et qui donne des « fruits ».

Le poète utilise la métaphore filée pour parler de la liberté retrouvée. Ce rapprochement commence au vers 21 et se termine au vers 24. Cette liberté laisse une impression « amère » (vers 24) comme si la libération n’était pas complète ou satisfaisante. En effet c’est « peu à peu » (vers 23) que ses fruits prennent le gout de cette liberté comme s’il fallait un temps aux anciens esclaves ou à leurs descendants pour se rendre compte et investir ce nouveau statut. Au travers de ces vers il se révolte et crie un désir de liberté, liberté durement acquise qui laisse un goût amer (vers 24).

 

Depuis l’Antiquité la poésie alors chantée à fait la part belle à la musicalité et au rythme. Très rapidement, les règles de versification sont venues structurer l’exercice poétique et les figures de rhétorique ont conservé l’importance des sonorités.

Dès le XVIIème siècle les poèmes dits lyriques ont fait leur apparition en privilégiant les alexandrins utilisés dans les sonnets. Vers la fin du XIXème siècle, en réaction au trouble de la guerre, les poèmes se libèrent de leur forme fixe et de leur thème de prédilection.

La poésie engagée permet au poète de pousser le peuple à défendre sa liberté et à croire en la victoire. Il peut s’agir de chanson pacifiste qui crient les injustices de la Guerre ; de témoignages pour exprimer l’horreur ou de poèmes sur la négritude où les poètes défendent l’identité africaine contre le colonialisme et l’oppression.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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