De l’adorée à l’abhorrée: une conversion systémique

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Nous souhaitons tous avoir dans nos vies et dans nos cœurs quelqu’un qui décroche lorsque l’on appelle. Quelqu’un qui réponde à nos messages, ne serait-ce que pour nous dire : “Désolé, je ne peux pas te parler tout de suite, je te réponds dès que je peux”.

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Pas une personne à notre service, mais quelqu’un qui se soucie de nous et nous le dit! Quelqu’un qui considère qu’en signant ce pacte moral tacite ou même physique et avoué, il s’est engagé à considérer qu’il a un impact sur l’humeur de notre journée.

Lourde responsabilité, me direz vous; et pourtant, ce n’est que la responsabilité de la vie: savoir et accepter que nous avons un impact sur le monde vivant et inerte; sur les choses, les êtres humains, la faune, la flore, sur nous-même aussi! 

Vivre, c’est accepter de changer et d’être changé.

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Or, il n’y a pas de vie sans communication: les plantes, les animaux et certains disent même que les minéraux communiquent! 

Aussi, la communication est à la base de la relation, elle est à la base de ce qui nous met en relation avec autrui, ce qui nous permet de sortir de nous-même et d’appartenir au monde dans lequel nous évoluons. A fortiori dans le couple !

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Car, soyons francs, comment entretenir une relation si la communication est un effort infranchissable? C’est-à-dire, comment espérer progresser ensemble malgré les années et les difficultés si nous gardons par devers nous ce qui nous pèse, nous touche, nous blesse, nous vexe? Etrangement, l’autre ne sait pas ce qui se passe dans notre cœur ou dans notre tête, il ne sait que ce qui est dit et la façon dont cela est dit. 

Or, et c’est notable, tout cela; tous nos propos, nos attitudes, nos “airs”, sont pollués par l’interprétation de notre autre, ses filtres, ses tensions, ses angoisses, son humeur, sa subjectivité…

Et l’amour? L’amour ne suffit pas. L’attention, le soin, la volonté de rester et de perpétuer ce qui jusque-là existait, si elle n’est entretenue, s’évapore telle la neige au soleil. Car, souvent, les histoires d’amour se terminent sans que nous n’ayons rien vu venir. D’un coup d’un seul, la passion disparaît, emportant avec elle les papillons dans le ventre, les pensées bienveillantes et les rêves d’avenir.

Et s’il vous prend l’envie de vous enquérir sur les raisons de cette fin si brutale à laquelle “personne ne s’attendait”, et surtout pas vous, vous serez bien obligé d’invoquer le silence.

Ce fameux silence mortifère qui, insidieusement, se glisse entre les partenaires ou se pose subitement comme une chape de plomb inviolable qui ne peut disparaître à l’initiative d’un seul des partenaires alors qu’un seul peut en être à l’origine.

Après, s’ensuivent des querelles d’ego qui se refusent à faire l’effort de rétablir le contact… l’effort de sortir de soi et d’aller à la rencontre de son autre… l’effort hors de soi, l’effort vers l’autre.

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Laisser faire est tellement plus simple et sécurisant et reposant que l’effort de se mettre à nu, de se mettre en danger en admettant avoir été blessé, choqué, déstabilisé par l’autre. En disant : “Ceci est ma faiblesse” à l’autre, l’autre que nous avons choisi! Et au lieu de réaffirmer ce choix, et de sommer notre partenaire de répondre présent à notre appel, nous nous désistons et laissons au silence toute sa place. Mais est-ce “sa” place ou la place qui est la nôtre et d’où nous nous retirons dans le courage de la fuite?

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Alors il me faut préciser que je ne traite pas de relations dysfonctionnelles incluant des jets d’objets; des rencontres inopinées de poings avec des faces bien trop désireuses de contacts physiques; de chutes réelles ou fictives dans les escaliers, débouchants sur de bien visibles fractures; de portes ou de murs, accidentellement mouvants; je traite ici de relations qui s’affadissent alors qu’elles semblaient prometteuses de prime abord.

 

 

 

 

bougie photoA bien y regarder, il faut avouer que nous renonçons avec une facilité déconcertante. Presqu’avec autant de force que nous clamons notre attachement et notre intention de créer ensemble. Car des projets, nous en avions! Mais ça, ça c’était avant. Avant que l’autre ne nous pousse à ne plus participer à la vie à deux, avant que nous nous soumettions à l’emprise du silence. Ce silence qui bruyamment, sonne le glas de notre histoire d’amour, l’histoire de la vie à deux, d’un futur potentiel, de toute une vie rêvée qui ne verra jamais le jour. C’est lui qui décrète, dans le meilleur des cas : “C’était bien le temps que ça a duré.”

 

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Oui, c’était bien, mais l’histoire nous paraît trop courte, toujours trop courte. On aurait aimé, on aurait voulu que cela dure toute une vie. Une vie entière, longue et grasse, pleine de rires et de joie, et de toi et moi et de paroles!

Mais c’est fini.

 

 

Alors, l’amoureux ou l’amoureuse réveillée de son rêve, se retourne vers les vestiges de cette histoire et se demande où les choses ont mal tournées. Où et quand la situation a commencé à se dégrader.

L’un dit : “Je ne suis pas un mauvais gars”, l’autre : “Je ne suis juste pas celle que tu souhaites”. L’une dit : “ je ne suis pas si forte”, l’autre dit : “je ne suis pas là pour te rassurer”. Pourquoi s’être choisi alors? Pourquoi avoir dérangé nos vies pour accueillir l’autre si nous ne consentons ni à “rassurer”, ni à se révéler, ni à parler même lorsque “ça fait mal”?

colère photoSerions-nous des enfants gâtés? De ceux qui veulent et lorsqu’ils obtiennent ne veulent plus finalement?

 

Je ne pense pas que cette situation soit légion. Pourtant, l’ego, le fameux ego, se pose comme le troisième membre du couple; ce membre intransigeant qui ne vit que dans le rapport à lui-même et fait de tout, une question d’estime, de respect, d’image; et met notre essence en péril.

Ainsi, cet autre devient le danger, l’ego le perçoit comme tel et nous met sur la défensive; notre image, notre moi profond se sentant en danger, se rétracte ou agresse afin de se protéger. Il résiste à la mise à nu et fait naître la douleur qui obstinément ne veut pas se dire au partenaire mutique, lorsque ce n’est pas l’ego qui nous mûre lui-même dans un silence qui fait souffrir.

 

Et alors qu’il faudrait chercher des solutions pour apaiser les émotions, privilégier l’échange et la parole pour dire les maux avec nos mots, nous, accompagnés de notre ego démesuré et protecteur, choisissons le mémorable départ qui, à sa façon, est toujours beau, ou poétique, ou dramatique. Nous nous drapons de nous-même et d’une prétendue estime et laissons tomber.

Que laissons-nous tomber? L’amour, la passion, l’espoir?

Sans doute aussi, mais nous laissons surtout tomber notre choix en laissant tomber la persévérance. 

 

La persévérance qui est de mise pour créer vraiment, créer durablement, puisque c’est son A.D.N., celle qui nous permet de nous inscrire dans la réaffirmation continuée de nos choix, se désagrège mollement devant l’un qui s’attend à ce que l’autre change ce qui pour lui est une tare, une carence, une faiblesse, alors que jusque là il faisait avec; et l’autre qui se drape de lui-même et se juge bien assez pour satisfaire qui lui, qui son ou sa bien aimée, qui n’est plus ni bien, ni aimante.

 

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Or toute cette faiblesse, ces tares, ces carences, c’est l’autre, le même que vous avez choisi en premier lieu et qui dorénavant ne brille que par ses imperfections, que vous ne supportez plus! Mais le “je” qui juge et s’impatiente, fait face à un “je” qui est jugé et juge en retour, un “je” qui agit, autant qu’il est objet. Un “je” qui n’a pas suivi le mouvement, qui ne sait même pas, peut-être que mouvement il y a eu!

 

 

 

 

aimer photoDe plus nous n’aimons pas que la perfection, nous aimons aussi les défauts de l’autre. Et là se trouve l’amour complet, le bel amour. Il n’est pas question de se contenter car “il est comme ça que veux-tu?” ni de se plaindre parce qu’elle a “tellement changé, je ne la reconnais plus!” Il s’agit de grandir ensemble, de partager ce changement ou à minima d’informer l’autre que changement il y a et pas qu’il y a eu changement. Tout est dans le moment de l’information. Lorsque les sites de développement personnel traitent la question d’être ancré dans le présent, il n’est ni plus, ni moins question de cela : dire à celui, celle, ceux qui compte pour vous, où vous en êtes dans votre évolution personnelle, votre conception du monde et des rapports humains. Dire ce que vous attendez d’eux et de vous afin qu’eux aussi se réajustent à vous et inversement.

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Alors certes, ce n’est pas les plus sexy des amours car elles disent: “je te vois” et non plus “je te rêve”, mais l’amour n’est pas le rêve; pas uniquement en tout cas; l’amour voit et accepte ce qu’il voit, il se sait accepté et veut devenir meilleur et là est le dialogue, l’échange, la marche à deux.

Oser apprendre de l’autre, oser se faire disciple de l’autre, sans s’oublier, n’est-ce pas cela l’amour?

 

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